Le Petit Futé est-il un guide de merde?

guide de voyage

Quelle meilleure façon d’introduire le Petit Futé sinon que celle de le laisser se présenter lui-même? Probablement des dizaines, mais comme on a voulu d’entrée se mettre au diapason, ressentir l’esprit du renard rusé, il a bien fallu se rendre à l’évidence, il ne pouvait en être autrement. Petit Futé, qui es-tu?

“Depuis 1976, les bonnes adresses du bout du monde au bout de la rue !”

Les Nouvelles Éditions de l’Université éditent en plusieurs langues les guides du Petit Futé dont 4 nouveaux guides paraissent chaque jour, et accompagnent des voyageurs vers plus de 800 destinations, dont plus de 100 destinations exclusives, dans 189 pays dans le monde. Les Nouvelles Éditions de l’Université comptent ainsi parmi les premiers groupes d’éditions indépendants dans l’univers du tourisme !

“Pour chacun de ses titres, le Petit Futé bénéficie de la présence sur le terrain d’une équipe compétente en permanence. Ainsi, à chaque nouvelle édition le contenu éditorial est revu, corrigé, développé et les établissements testés et visités.” (Source)

Ce dernier paragraphe, ne le perdez jamais de vue, il faut toujours l’avoir à l’esprit. Et maintenant, place au spectacle.

Avant-propos.

Appelle-le préface ou préambule, la démarche est ici de répondre le plus sincèrement et le plus objectivement possible à la question posée dans le titre, le Petit Futé est-il un guide de merde, oui ou non. Nous nous efforcerons de plonger en son cœur, voir ce qu’il contient, et ne nous attarderons pas en surface, parce que finalement sa structure, sa mise en page, sa charte graphique et tous les aspects qui font qu’on aime un guide plutôt qu’un autre ne sont pas si pertinents que ça pour répondre à la question. Justement. On peut préférer une ligne éditoriale à une autre, mais dans le fond, ce qui importe est bien ce qu’on peut y lire, vraiment. On s’en fout, par exemple, qu’il y ait trop de pubs dans leurs guides. En définitive, la question serait davantage: “Le Petit Futé écrit-il de la merde?” et pour pinailler puisqu’il ne s’agit pas de ton ni de style à débattre, “Ce que dit le Petit Futé est-il exact?” Ça fait donc pas mal de questions à tiroir vous verrez, pour une problématique qui n’est décidément pas si simple. Il faut donc une méthodologie.

Pour ce faire, obligé de baser notre étude sur un ouvrage, un cas d’espèce, et notre attention s’est portée sur le City Guide de Pékin. Nous l’avons lu, nous l’avons utilisé parce que oui, chose incroyable, nous sommes allés à Pékin le mettre en pratique.

Comment s’y prend-on? Facile, on s’attache et on s’attarde au contenu, à l’essence même de l’ouvrage et on vérifie. Après tout, on achète un guide touristique pour qu’il fasse ce travail à notre place, qu’il nous délivre de l’information, compilée, mais de l’information qui soit exacte dans la mesure du possible. On achète avec ce guide de l’expertise, celle de ceux qui sont rompus à l’élaboration d’un guide touristique, parce qu’on fait confiance à une marque et à ses équipes. On veut qu’il déblaie le terrain pour nous, ce n’est pas une convention tacite, mais, pour eux un argument de vente et un véritable atout.

Faut-il tout vérifier du bouquin? Non, mais il faut en vérifier suffisamment, et que ce soit varié. Ce qui intéresse le lecteur par-dessus tout, c’est évidemment ce qui va toucher à l’expérience vécue. Elle concerne les deux derniers tiers du livre, il s’agit du Pékin pratique plutôt que tout autre, celui qui fait qu’en pleine rue tu sors ton guide pour farfouiller. Attends, il y a quoi dans ce coin? Ah regarde il y a ça, ils disent que c’est bien…

La mise en garde, ou le totem d’immunité.

On la trouve en page 5 et c’est une citation longue, mais pas de souci. J’ai bien relu l’encart de la page 282 pour voir si j’étais bien raccord avec le Code de la propriété intellectuelle, histoire qu’on ne vienne pas me titiller. Idem pour l’emploi du logo en en-tête, on peut y aller:

“L’univers du tourisme est en perpétuel mouvement (et en Chine ce n’est pas un vain mot!) Malgré tous nos efforts, des établissements, des coordonnées ou des tarifs indiqués dans ce guide peuvent avoir été modifiés sans que cela relève de notre responsabilité. Nous faisons appel à la compréhension des lecteurs et nous nous excusons auprès d’eux pour les erreurs qu’ils pourraient être amenés à constater dans les rubriques pratiques de ce guide.” C’est signé La rédaction.

Cette dernière donc, anticipe quant au seuil de tolérance qu’on pourrait avoir sur l’inexactitude d’une information, en tant que lecteur et utilisateur. Elle demande à ce qu’elle soit totale dans son approche, c’est l’absolution, mais dans les faits elle devrait être nuancée, voire partiellement rejetée. Explications.

  • Si une information est véridique et vérifiée au moment de la parution du guide, il n’y a pas de problème. La politique tarifaire d’une attraction peut changer, les horaires d’ouverture de tel ou tel site aussi, bref, les situations sont légions. Entre le moment où le guide sort, et celui où vous êtes sur place pour vous rendre compte de l’exactitude de l’information, celle-ci peut avoir évolué, c’est normal, tout n’est pas figé, mais ça n’est pas plus vrai en Chine qu’ailleurs.
  • En revanche, si l’information est déjà obsolète au moment de la parution du bouquin, on peut légitimement penser qu’elle n’a pas été vérifiée en amont, et c’est encore pire lorsqu’elle est complètement fausse, qu’elle n’obéit pas à un changement dans le temps, elle est bidon, point barre, c’est une invention. Ça, c’est très grave.
  • Quant à l’appréhension qu’on a de telle ou telle chose, si cela renvoie à un état beaucoup plus volatile qui nous ferait nous éloigner de l’objectivité, elle en est en réalité le contraste. Nous avons déjà fait la synthèse du guide, nous l’avons déjà appréhendé dans son ensemble, et mis en perspective avec des éléments qui ont été vécus, ressentis. Et parfois (très souvent), on peut douter qu’une expérience ait réellement été vécue par les auteurs.

En gros, le disclaimer in english, l’avertissement usuel et ici la mise en garde, c’est un peu une manière de dire: “Bon, il y a possiblement de la merde dans le guide, mais soyez cool, on n’y peut rien.” Peut-être que si, finalement. On va même le démontrer.

D’une Erreur Manifeste d’Appréciation (EMA)…

C’est indéniablement une réminiscence incontrôlée de mon passé de publiciste. Me jugez pas. Mais alors, qu’est-ce qu’une EMA, d’abord? Il s’agit tout bonnement d’une erreur grossière et flagrante. Ce qui est ennuyeux dans le cadre d’un guide c’est qu’elle peut vous pousser à commettre un impair. Le mieux, c’est encore d’en donner quelques exemples, mais des exemples variés.

Sur l’audioguide de la Cité Interdite (p.158). “Remarquablement bien conçu, l’audioguide est bourré d’anecdotes qui font vivre ces vieux murs chargés d’histoire. Son défaut est que la visite ne vous entrainera pas dans les bâtiments latéraux ou ne vous fera pas traverser chaque jardin…” Si la seconde partie de la description est vraie, la première est absolument erronée. L’audioguide est en réalité à ce point vide qu’on n’arrêtait pas de dire à l’autre “Il parle le tien?” puisqu’on se demandait chacun si notre appareil n’était pas victime de dysfonctionnement. Très descriptif, le peu de fois où ça vous cause dans l’écouteur, avec trop peu d’anecdotes qui, au contraire, permettent assez mal de se représenter l’histoire de ces vieux murs, on se dit qu’il y a dans le portait du Petit Futé un engouement en décalage, voire en contradiction, avec la réalité. Plusieurs yuans (¥), que le guide se borne encore à appeler renminbi (RMB), de dépensés avec le sentiment d’avoir cédé aux boniments.

C’est là, face à notre sensibilité et notre zèle à tout critiquer qu’on pourrait mettre en avant, qu’on oppose l’EMA. L’audioguide est à ce point inconsistant qu’on ne peut pas lui reconnaître objectivement cette qualité de “remarquablement bien conçu” et tout ce qui s’ensuit. Il est vide, et vous n’entendrez presque jamais cette voix féminine vous narrer l’histoire de la Cité Interdite, si ce n’est à la faire répéter. Elle ne dit quasiment rien, c’est un fait, pas une vue de l’esprit.

Quant à la limitation journalière à 80.000 visiteurs, objet d’un encart particulier rappelant la possibilité de réserver en ligne, plutôt que de relayer la théorie du complot selon laquelle celle-ci permettrait, “d’aucun (avec un s) diront” bien entendu, “de contrôler plus efficacement les visiteurs car chacun, au moment de son inscription doit déposer son numéro de passeport,” sachez que c’est déjà le cas à l’entrée extérieure du site au PC sécurité; on aurait davantage aimé lire que les visites sont séparées entre celles du matin, et celles de l’après-midi, que les deux peuvent se chevaucher puisqu’une fois entré, on reste le temps qu’on veut et que, la phrase est beaucoup trop longue, il y a en réalité à la Cité Interdite un nombre de visiteurs si important qu’il peut faire de votre excursion un véritable cauchemar au milieu d’un endroit incroyable. Vous aurez l’assurance de vivre: bousculades, cohues, parapluies dans la gueule qu’il fasse grand beau temps ou qu’il pleuve. Mais bon, paraît que la Chine nous contrôle… tu parles d’une lapalissade.

Le 3.3 Mall (p.226) maintenant. “Plus de 500 boutiques se sont rassemblées dans ce bâtiment de 5 étages (…) Essentiellement des vêtements et des accessoires. Nombreuses marques chinoises en provenance de Hong-Kong (…). Marchandage possible mais pas non plus nécessaire.” C’est dans la rubrique shopping du quartier est, Chaoyang. Ce qui est incroyable, ici, c’est que le 3.3 Mall est si peu digne d’intérêt que le retrouver en si bonne place dans le guide pose véritablement question. On se dit d’abord que si quelqu’un avait fait l’effort de s’y rendre ou de se renseigner, il aurait aisément constaté que ce centre commercial est désespérément vide. Quant aux 500 boutiques et plus, nous sommes loin du compte, il y en a paraît-il 300 (pour ce qu’en dit Time Out Beijing) et même là, nous pensons que le chiffre est exagéré. Rien que pour ça, il méritait d’apparaître dans la partie suivante.

Oh et puis merde, vous savez quoi, posons la question directement à la source et découvrons le pot aux roses. Dis-moi Beijing Tourism, le 3.3 Mall, t’en dis quoi?

copie beijing tourism

Traduite, cette page bourrée d’erreurs de 2013 se retrouve paraphrasée dans la rubrique du Petit Futé… qu’on avait déjà gaulé à faire de même dans son City Trip 2019/2020 sur Vienne, à propos du Würstelstand Am Hoken Markt, là encore, honteusement pompé sur le site de tourisme de la capitale autrichienne. On le dénonçait dans notre virée gourmande à la viennoise. Alors c’est ça, le Petit Futé? La version papier des sites internet de tourisme officiel des différentes destinations qu’il propose ensuite à la vente? À ne relayer que ce que les agences officielles en disent, la question de l’indépendance du guide se pose, mais également cette de son expertise. Une preuve, s’il en est, en tout cas il y a matière à creuser sur tous les guides de la collection, que vous parlez de choses que vous n’avez jamais vues. Y a-t-il une mise en garde pour ça dans le guide? À cette dernière question, je réponds non.

Revenons-en au 3.3 Mall. Si quelqu’un du Petit Futé avait fait l’effort de s’y rendre, disions-nous, il lui aurait préféré le bloc du début de la rue (à l’angle de Worker’s Sport Complex N Road) où se concentrent grandes enseignes et animation. Bizarre, tu parles portant de Mosto au Nali Patio (p.136), ça aurait dû te mettre la puce à l’oreille. L’EMA s’est jouée à moins de 100 mètres. Peut-être 10. Et avant ça un entrelacs de boutiques qui commencent par Adidas. Le public d’ailleurs ne s’y trompe pas puisque c’est ici qu’il va. En revanche, Beijing Tourism n’en dit rien, le problème vient peut-être de là.

La désinformation aussi, ou encore, lorsqu’on nous parle de pollution (p.114). “On peut aussi privilégier le port de masque (vendu partout) lorsqu’on se déplace à pied dans le centre. Mais de nouveau que cela ne vous freine pas dans votre découverte de la capitale.” Bon, alors outre le fait que la seconde phrase ne veut strictement rien dire et que le relecteur laisse partir ça à l’impression, ces fameux masques vendus partout ne protègent pas des particules. Pire, ils occasionnent une gêne respiratoire, il faut aspirer plus profondément, donc on se mange davantage de particules. On est passé à ça d’un conseil avisé.

Le mauvais goût également. On n’imaginait pas lire un jour, à propos de la variété de restauration à Pékin, qu’on nous présente les fast-food (Mc Do et Pizza Hut puisqu’ils sont cités) comme faisant partie d’une “intéressante palette de spécialités étrangères” (p.128). Prends ça dans ta gueule KFC, Burger King et Subway! Pas d’épilogue, l’art de la table est déjà mort, voyons la suite.

… À la faute grave.

On pourra toujours contester ce qui vient d’être dit, tout ce qui suit en revanche, ça n’est pas contestable. Il fallait vérifier, on l’a fait.

  • Entre répétition et remplissage.

Même en faisant fi de la partie Pense Futé du guide, qui serait la synthèse de la partie Découverte, on a parfois l’impression de pas mal se relire. Là encore, donnons des exemples. Deux.

Sur la pollution, qui est un mot clé de la page 35 et un encart de la page 114, on la retrouve encore sous l’intitulé Environnement/écologie de la page 38, sans qu’à chaque fois on en apprenne beaucoup plus, en tout cas de manière significative d’une à l’autre des pages précitées. Internet quant à lui a droit à ses trois encarts, pages 66, 113 et 264. Ce qui change me direz-vous? Pas grand-chose. On est globalement sur de la paraphrase, ça ne pisse pas bien loin.

On a du mal à comprendre la raison d’un tel découpage au sein du guide, puisqu’à première vue on aurait tendance à penser à une entreprise de dilution de l’information. En soi, c’est déjà moche, mais comme on réécrit plus ou moins la même chose, on tombe dans la répétition qui nous fait craindre le remplissage… et le remplissage, c’est prendre son lecteur pour un gros con. Et ça, c’est impardonnable.

  • Une description approximative.

La plupart des adresses du guide, notamment dans les rubriques se loger, et se restaurer, ont cela de particulier qu’on t’indique comment t’y rendre, mais, en enlevant le filtre de la précision. Ouais, c’est par là. C’est déroutant, vous allez voir.

On ouvre au hasard notre guide et c’est un florilège entre les pages 129 et 136 (uniquement pour l’exemple, c’est en réalité beaucoup plus vaste). Après l’indication de la station de métro sans le numéro de ligne: en sortant dirigez-vous vers la rue sous le portique géant; sur la rive à gauche; en sortant prenez la rue avec des lampions; en sortant tout de suite au sud puis à droite; en sortant dirigez-vous vers l’ouest; en sortant longez la grande avenue puis prendre la première rue à droite… il y en a beaucoup trop. Il suffisait de préciser la sortie, putain! Vous l’avez fait pour Comptoirs de France (sortie B), pourquoi pas toutes les autres adresses?

Savoir quelle sortie prendre, à Pékin, c’est la base, c’est là tout l’enjeu puisqu’il y en a parfois 4, 5 et même 6. Or, sous terre, nous sommes tous désorientés et puisqu’un guide devrait savoir nous guider…

dongsi beijing

Pour vous donner un exemple, j’ai logé au Happy Dragon Backpackers Hostel, près de la station Dongsi, station que j’ai fini par connaître comme ma poche. Avant ça, j’ai un peu galéré, et j’ai dû tout tester puisque A, B, C, D, E et G sont les sorties du métro. La plus proche de ma guesthouse est la E, en passant par une rue qui ne semblait pas donner accès sur le boulevard. Avant de tenter le coup, je débarquais à des kilomètres. Maintenant selon vous, si en sortant je longe la grande avenue puis je prends la première rue à droite, vais-je arriver au même endroit si j’emprunte la A, que si j’emprunte la D? La réponse est non. Évidemment. Saviez-vous qu’entre la sortie E, et la sortie C de Dongsi, il y a plus de 300 mètres? Je pense que vous avez désormais saisi…

Sur l’image, notez la présence d’un restaurant de spécialités étrangères tout à fait intéressante.

Outre la description, il y a également l’orthographe approximative, l’emploi de mots inusités, obsolètes, ou l’invention. En fait, on ne peut pas vraiment savoir, si ce n’est qu’entre le guide et la réalité il y a une dissonance. On regrettait l’emploi de renminbi à la place du yuan bien qu’on finisse par s’y faire et les mauvaises langues opposeront Beijing à Pékin, mais ce qu’on veut dire c’est que ça cause parfois de véritables flottements. “Merde! Encore un truc qui a disparu, c’est déjà le 14ème!” Eh bien non, ça existe bel et bien, mais sous une appellation différente, et c’est aussi valable pour les noms de rue.

Le cas de Beijing Comic City (p.233) est très évocateur puisqu’il n’existe pas, si ce n’est pour le Petit Futé et The Beijinger (on ne va pas vous mettre une capture d’écran à chaque fois, bien qu’on en ait fait une pour nos archives). Ce dernier a la même adresse d’ailleurs, et on se demande bien qui a pompé sur l’autre (non je déconne, on sait). Que tu décides d’appeler un endroit en fonction de ce qu’on y trouve, et que tu sois le seul à le faire, en soi, ça ne nous pose pas vraiment de problème sauf pour le trouver quand on n’a pas ce genre d’info. “Hey, convenons qu’on l’appelle comme ça, d’accord?” Et donc puisqu’il n’existe pas, en tout cas sous cette appellation, on va se référer à l’adresse, et je vous disais plus haut qu’elle était la même que pour The Beijinger: 6/F Soxiu Mall… qui n’existe pas. Le Soxiu Mall est en réalité Soshow qu’on aperçoit en grosses lettres lumineuses sur le bâtiment, et personne ne le connaît sous une dénomination différente sauf… tu les connais. C’est un mall tout à fait modeste qui renferme un paradis, celui de la contrefaçon de figurines à son dernier étage. La description correspond-elle à celle du Petit Futé? Non plus. Mais, comment pouvaient-ils le savoir puisqu’ils n’y sont jamais allés?

  • De mauvaises indications.

C’est déjà un peu le cas de ce qu’on vient d’écrire, mais là ça m’a fait hurler, en pleine rue. J’ai maudit le Petit Futé je le confesse, lorsqu’une petite voix m’a susurré: “T’inquiète, t’es loin d’être le premier.” Alors de quoi s’agit-il? Du Marché au thé de Maliandao, de Tea Street.

Page 230 le guide nous dit qu’il faut s’arrêter à Beijing West Railway Station, et que c’est à côté de la gare de l’ouest. C’est concis. Alors moi, enfin nous, j’étais avec mon aventurière, on décide d’y aller pour acheter vous savez quoi? Du thé. On suit les indications, on sort de la gare, on balance “itinéraire vers” sur une appli, on se dit que c’est quand même vachement loin, je gueule un peu en disant que “C’est pas possible!” mais bon, on y va et lorsqu’on arrive à proximité de Maliandao road on voit une sortie de métro… quoi? Wanzi? C’est quoi ça? Bah, une station de métro.

itinéraire wanzi

On se rappelle qu’on n’a pas plus d’indications que celles fournies par le guide. Quelle stupeur de s’apercevoir que la station Wanzi se trouve juste en face de Maliandao road, qu’on s’est tapé 25 minutes de marche sur 2 putains de bornes dans le vent. “À tous les coups, ils l’ont finie hier” (ligne 7, 2014). Parce que, sur l’image, sache que Tea Street débute pour ce qui nous intéresse en face du marqueur, vers le bas (ICBC ATM est sur Maliandao par exemple, si ça t’aide), sous un méchant porche qu’on ne peut pas louper. Mais comme au Petit Futé “on aime le thé de Longjing” cette info-là vaut bien tout le reste, et on saura quel thé choisir, pas quelle station descendre. Maintenant si.

Oh, attends! Encore un coup de The Beijinger qui le situe à côté de Beijing West Railway… (check dont là). Si la principale source du Petit Futé est aussi peu fiable, on ne s’en sortira pas. Hey, faire un guide ça demande du travail les gars, de la compétence, de la méthodologie, de l’application. Vous savez? Ça demande surtout de s’y rendre!

Doivent pas savoir.

Z’ont p’t’être oublié.

  • Le clou du spectacle.

Il prouve à lui seul le peu de sérieux avec lequel a été réalisé ce City Guide: le plan du métro de Pékin (p.108-109).

Pour une ville de cette ampleur, soyons honnêtes, c’est un élément essentiel d’un guide, mais plus encore. Le métro de la capitale chinoise est tout simplement l’un des plus grands au monde. En fait, il s’agit ni plus ni moins que du plus grand réseau (en concurrence avec Shanghai, qui se classe tantôt n°1, tantôt n°2) de la planète, et il ne cesse de s’agrandir, Jeux Olympiques d’hiver de 2022 en vue. Le métro de Pékin, il va falloir vous l’approprier puisque vous le prendrez tous les jours. C’est en effet le moyen le plus rapide pour se déplacer, mais également parmi les moins chers. Pour vous familiariser avec lui, pour l’appréhender et tout simplement pour pouvoir vous repérer, un plan est donc indispensable.

Donc, le plan du métro de Pékin va devenir votre meilleur ami. Nul besoin de marque-page entre la 108 et la 109, après deux jours d’utilisation ouvrez-en une au hasard, c’est lui.

Au passage, ne relevez pas le bullshit de la page 106 nous indiquant le prix d’un ticket à l’unité coûtant de 2 à 7¥ selon la distance parcourue. C’est faux. Un ticket ne coûte pas moins de 3¥ depuis 2014, et peut aller jusqu’à 9¥.

Bon alors, qu’est-ce qui ne va pas avec ce plan?

Jugez.

  1. Absence de ligne et de tronçons de ligne. La ligne 16, dans sa partie nord, a été inaugurée en 2016. En 2018, des tronçons des lignes 6 et 8 ont été ouverts. Ils n’apparaissent pas sur le plan. Trop dur l’anticipation, ça donne des trucs comme 1984 ou Le Meilleur des Mondes, c’est flippant.
  2. Noms de stations incorrects, stations fantômes. Jetez un œil à la 14 (dont il manque aussi des arrêts), c’est édifiant, on a même mis un what the fuck. Vaut également sur Changping Line et sur bien d’autres aussi. Amusez-vous à toutes les recenser.
  3. Code couleur farfelu. Il eut été beaucoup trop simple de reprendre le code couleur du métro de Pékin que le Petit Futé a préféré en faire un autre qui lui est propre, ou trop ancien. Parce que du coup quand toi t’essayes de te repérer rapidement, tu misères un peu en t’y reprenant à deux fois.

Mettre un plan foireux visiblement de 2015, pour un guide couvrant 2019 et 2020… Vous vous foutez de qui?

De nous.

Attendez… là! Vous entendez? Il y a comme un écho. “L’univers du tourisme est en perpétuel mouvement (et en Chine ce n’est pas un vain mot)“… par contre les transports…

beijing subway

plan métro pékin

Le plan est trouvable en un clic sur les internets. Peut-être un clic de trop.

Du coup, on a passé le bouquin à Compilatio, sur un logiciel d’aide à la détection de plagiat. Comme il n’opère pas sur la traduction de sources non francophones, pas plus qu’il n’opère sur les sources privées ou le paywall, ni en dehors du net, on a des résultats de plagiat entre 70 et 95% issu du Petit Futé même. C’est normal. Mais, en regardant de plus près, on obtient deux choses surprenantes.

  1. Près de 60% du City Guide Pékin 2019/2020, est identique à sa version précédente, celle de 2017/2018. Oui, parce que l’univers du tourisme est en perpétuel mouvement, mis en perspective avec 2 années, ce chiffre est effarant.
  2. La partie relative à Pékin du Country Guide Chine 2019/2020 est à près de 70% identique au City Guide ici décortiqué. Cohérent nous diriez-vous, mais ce chiffre-là nous laisse songeur… entre le général et le spécifique, où se fait la plus-value? Plusieurs niveaux de lecture, aiguise ton esprit critique.

Allez, on s’arrête là. On ne va pas non plus relever toutes les conneries, on n’a pas été payé par le Petit Futé pour corriger son foutu guide. Mais, on peut lui faire un beau devis, ou lui soumettre de nouveaux auteurs. Suivez mon regard.

Conclusions.

Nous l’avons évoqué, l’intégralité des informations contenues dans le City Guide de Pékin du Petit Futé, nous n’avons pas pu le vérifier, et ça n’était pas nécessaire. On a utilisé celui-ci pour ce qu’il est, ou devait être, un guide pour notre voyage, un guide touristique. Pendant notre séjour dans la capitale chinoise, il y a des choses que nous n’avons pas vues, impossible dès lors d’en faire la comparaison et d’en parler. En revanche, nous sommes en mesure de rapporter ce qu’on a fait, ce qu’on a constaté, et qui ne correspond pas à ce qu’on peut lire dans cet ouvrage. De là, on peut légitimement émettre un certain nombre de doutes quant au sérieux avec lequel le guide a été réalisé. Mais, pour autant, est-ce excusable puisque c’est l’objet de la mise en garde?

On se dit qu’avec cette accumulation de ratés, et ça pose un véritable problème, que ça serait vraiment un manque de chance incroyable: ne tomber que sur les seules explications ou informations erronées ou approximatives du livre. Étrangement, tout, ou au moins l’écrasante majorité, de ce qu’on a décidé de faire à Pékin était un acte manqué avec le guide, dont on aurait presque l’outrecuidance d’appeler torchon.

En tant que lecteur et utilisateur, on ne s’attend pas à devoir vérifier l’intégralité des informations contenues dans pareil ouvrage. On l’achète justement pour ne pas avoir à faire ce genre de recherches soi-même, mais plus encore, avoir un retour d’expérience, un avis, c’est notre avant-propos. Sinon pourquoi classer les sites dignes d’intérêt par étoiles? Pourquoi conseiller tel plat, de tel restaurant? Dire qu’on a aimé ceci plutôt que cela? Quand on écrit, pour reprendre les exemples précités, qu’un audioguide est absolument génial, je ne m’attends pas à ressortir de ma visite avec la sensation d’avoir été escroqué en louant cet appareil. Quand on écrit que pour aller à tel endroit il faut sortir à telle station de métro, je ne m’attends pas à devoir marcher 2 km et 30 minutes de plus que la véritable station la plus proche (on avait dit 25 minutes). Ouais, 2 kilomètres et 25 minutes de plus que la véritable station la plus proche.

Vous vous rappelez? “Pour chacun de ses titres, le Petit Futé bénéficie de la présence sur le terrain d’une équipe compétente en permanence. Ainsi, à chaque nouvelle édition le contenu éditorial est revu, corrigé, développé et les établissements testés et visités.” Bah non, en fait. Objectivement non, et tout le prouve.

Il y a clairement tromperie.

Au sens pénal j’entends.

Finalement, se dire qu’on aurait largement fait mieux, tout seul et sans prendre plus de temps, en ne décollant pas le cul de notre chaise de bureau (ça fait manifestement partie de leur méthode de travail en partie, ou en totalité) a quelque chose de vertigineux et d’effrayant. Ils mettent en avant des auteurs du cru pour réaliser des guides dont on retrouve les fragments disséminés sur la toile, via des sources tierces, lorsque faire la synthèse intelligente des reviews disponibles par centaines de milliers sur le web, rien qu’en recoupant les informations, s’avère être déjà beaucoup trop pour un acteur majeur de l’édition de guides à destination des touristes… parce que l’appeler guide touristique sentirait presque l’usurpation, et comme nous sommes en Chine, disons seulement contrefaçon. Voilà, une contrefaçon de guide touristique.

Mouais, on avait dit qu’on ne dirait rien sur le choix de la ligne éditoriale. Bon.

Alors, répondons simplement à la question qu’on a posée.

Le Petit Futé est-il un guide de merde?

Le City Guide de Pékin oui, ça ne fait pas un pli, c’est un putain de torchon et c’est déjà un élément de réponse.

 

petit futé 2020

Au moment de la publication de ce post, sachez qu’on a demandé au Petit Futé le remboursement de notre City Guide Pékin 2019/2020, facture à l’appui, parce qu’on s’est fait salement tromper, mais également de le retirer de la vente, pour préserver le consommateur d’une grosse déception. Ce sera surement l’objet d’un autre article. C’est un peu notre façon de lui tendre la main en lui donnant l’opportunité de réaliser enfin une édition digne de ce nom. Ce faisant, nous lui avons également passé le mot, on l’a notamment interpelé sur les réseaux pour qu’il nous aide à répondre à la question qu’on a posée, puisque finalement cet article n’est que notre avis, même si on s’est efforcé de rester le plus impartial possible, on n’imagine pas tout le monde le partager. En tout cas pas le Petit Futé.

Gageons que ce n’était qu’un accident. Prochain voyage, on va encore plus loin.

N’empêche que c’était bien de la merde.

Ça vous a plu? Soutenez-nous sur Utip! Rendez-vous sur la page de Viens, on s’arrache! Merci 🙂

Charger plus dans Voyager Malin

47 Commentaires

  1. Avatar

    Emma

    10 septembre 2020 at 18 h 12 min

    Voilà. Tous mes doutes sont désormais levés.

    Répondre

Laisser un commentaire

Voir également

Shopping à Oulan-Bator: quels souvenirs rapporter?

Nous sommes comme le voyageur qui aime garnir son sac de souvenirs chinés à chaque étape i…