Comme des touristes à Tea Street (Maliandao Road)

tasting chinese tea

Moi, Pékin, je me l’imaginais avec du monde partout, comme dans toutes grandes capitales, à plus forte raison s’agissant des endroits conseillés dans les guides. Et même si j’ai pu voir des tas de lieux que je pensais pris d’assaut par les touristes complètement vides, je ne m’attendais pas à ce que Maliandao road soit de ceux-là (on nous avait pourtant prévenu). Parce que, pour être honnête, je ne sais pas si ce coin est d’ordinaire très prisé, mais lors de notre venue… c’était désert.

Pourtant le thé, si l’on en trouve absolument partout, avec un quartier tout entier dédié à cette part si importante de la culture chinoise, aurait bien dû recevoir, sinon les égards, au moins la curiosité du quidam en villégiature urbanisée. Il faut alors croire que le quidam, c’était bien nous.

Un coup pour rien au Tea Market.

Pas le temps de niaiser, à peine celui de s’apercevoir qu’on ne serait pas gêné par les mouvements de foule, qu’on s’avance au-devant du Tea Market. Là, rien, on se demande si c’est bien ouvert lorsqu’on pousse la porte. Ça l’est.

En entrant dans le marché du thé de Pékin Maliandao, vous êtes plongé dans la forte odeur de thé et des services à thé caractéristiques. Les vendeurs au premier et deuxième étage du marché sont accueillants et vous invitent pour une dégustation même si vous ne voulez pas acheter*.

Impression différente. Les couloirs sont vides lorsqu’une nuée de vautours sort des box et s’apprête à entonner le chant des sirènes. Happés, mes doigts glissent le long des parois vitrées pour retenir les traces de ce qui pourrait m’identifier, pendant que mon aventurière agite l’étendard de la retraite. « Abort ! Abort ! » qu’elle se met à hurler, « Vous ne m’aurez jamais, je veux vivre ! ».

On sort. Nous avons déjà eu cette sensation au Pearl Market, et on ne voulait pas forcément revivre ça. Un acte manqué peut-être, mais pas de quoi susciter chez nous le moindre regret. Pourtant question thé, on y trouve les spécialités de chaque province, et de très beaux services, à tous les prix. Si vous comptez vous y rendre, sachez que c’est ouvert de 9h à 19h.

Hey ! Y’a pas écrit « touristes » !

En remontant Maliandao on décide de s’en remettre au hasard, comme souvent. Nous jetons donc notre dévolu sur une boutique qui avait cela de mieux que n’importe quelle autre, d’être simplement la première sur notre chemin. Pas le temps de papillonner dans les étales qu’on se retrouve installé devant la Grande Magicienne du thé, pour un rituel bien loin du chanoyu.

Elle fait des gestes à toute vitesse, désigne des thés parmi les dizaines de pots, nous fait sentir et verse de l’eau bouillante dans de petites tasses. Première infusion, l’eau est claire, plus sombre à la deuxième et ainsi de suite. On ne choisit rien, elle dispose les tasses devant nous, interroge, pointe, et fait sa tambouille comme un automate. Autour, on s’affaire, on manipule des sacs de toile de jute où l’on plonge de grands récipients qui ressortent garnis de feuilles odorantes. Après une ultime dégustation, la question en guise de sentence : vous prenez lequel ?

Pris au dépourvu, nous confessons notre hébétude. Tout nous a échappé, tout, on s’est laissé complètement embarquer. Nous avons désormais devant nous une calculatrice avec un chiffre sur l’écran, et un homme qui tient un gros paquet dans les mains. Très gros, le paquet, 500gr. Je lui dis, ça fait beaucoup quand même, sur quoi, la Grande Magicienne tire la gueule, marmonne un truc obscur, tapote un nouveau chiffre sur la calculette et nous la tend. Non, trop, fait mon aventurière, le prix, les grammes, on voudrait moins.

Pas possible.

On a que trop senti l’arnaque, on se tire.

chinese tea

Bonne pioche.

Quelques dizaines de mètres plus loin nous tombons sur la pépite. Une boutique assez grande dans laquelle on peut déambuler autour d’un îlot central où les thés sont présentés (il y en a en réalité un peu partout, notamment en grosses galettes). Aux murs, c’est un étalage de services remarquables qui donne à l’ensemble un côté très luxe au lieu, mais pas de quoi nous rebuter lorsqu’on nous installe à la petite table de dégustation, à la bonne franquette.

Notre hôte s’exprime avec quelques mots d’anglais, et beaucoup de gestes pour comprendre ce que nous désirons vraiment. On peut tout sentir, refaire des tests, et même la filmer pendant la préparation. L’ambiance est décontractée, chaleureuse, on nous a même fait visiter un petit salon de réception dans l’arrière boutique, finement décoré, simplement pour ne pas attendre bêtement pendant que d’autres clients se faisaient servir. Une distraction bien vue.

Excellents thés, celui au jasmin tout bonnement divin.

Bilan.

Une excursion sympa dans une partie de Pékin inconnue des circuits touristiques, qui peut valoir le coup si vous êtes des aficionados du thé, ou que vous souhaitiez vous acheter un beau service (bien qu’on en trouve un peu partout, il y a ici peut-être un gage de qualité). Si, comme moi, vous n’avez pas forcément le palais très développé pour ce breuvage, vous risquez de ne pas toujours faire la distinction entre les différents arômes. Dans tous les cas, la dégustation reste un moment très agréable, l’occasion, peut-être, d’un bel échange ou d’une belle rencontre, même si l’on ne se comprend pas toujours.

Quelques infos utiles.

  • Comment s’y rendre : en prenant la ligne 7 du métro, pas les indications du Petit Futé. L’arrêt, depuis 2014, s’appelle Wanzi (parfois écrit en deux mots).

 

  • Comment s’y prendre : en vous laissant porter, il n’y a très honnêtement pas de meilleure approche. Rien ne vous empêche de mettre les boutiques en concurrence et de goûter le thé un peu partout. Ca peut être long, prévoyez un peu de temps. Et rappelez-vous que vous asseoir pour une dégustation ne vous oblige en aucun cas d’acheter le moindre gramme de thé. Vous êtes là pour tester : ça ne vous plaît pas (le prix, le goût etc…), vous pouvez toujours partir.

 

  • Se faire comprendre : comme souvent, en Chine, la pratique de l’anglais n’est pas aussi automatique que ça peut l’être ailleurs. Une application de traduction peut vous aider, mais pas autant qu’un interprète. Sinon vous connaissez, la gestuelle habituelle, c’est un langage universel.

 Bonne dégustation !

chinese tea plantation

*https://www.chinahighlights.com

Crédits photo: (1) Aman; (2) Culturalpulse; (3) Hank Schultz.

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