Irkoutsk – Trouver une navette pour l’île d’Olkhon.

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Voilà le topo. 7h40, quai de la gare d’Irkoutsk. On vient de passer 5 jours dans le Transsibérien, mais pas le temps de niaiser, une réservation à Khoujir, distante de 300 km et à 4h30 de route, sur l’île d’Olkhon nous attend pour le soir même. Problème, nous ne savons pas encore comment y aller. On n’a pas de plan, juste deux lignes d’info dans le Lonely nous indiquant qu’au Baïkaler on devrait pouvoir trouver, sans nous en donner l’assurance, et avec une adresse qu’aucune de nos applis ne reconnaît. C’est maigre, quand on y pense.

Alors on tâtonne. Il faut faire cap à l’est et traverser l’Angara sur le vieux pont Glazkovskiy. Nous sommes chargés, allez viens, on s’arrache en bus je n’ai pas envie de tout me trimbaler. Pendant qu’on se dit que c’est une mauvaise idée, une voix fluette nous apostrophe, presque gênée. « Excusez-moi, je vous ai entendu parler français, si vous allez dans ce centre, on peut partager un taxi. » L’affaire est entendue, d’autant qu’elle a une piaule tout pile dans la guesthouse où l’on veut se rendre pour la navette. Le cul bordé de nouilles, mais attends, crois pas non plus que j’en aurais fait un post si c’était aussi facile.

La minette est une baroudeuse à la cool, très chill, trop chill. Elle arrive d’un voyage de plusieurs mois à Cuba, s’est lancée dans le Transsibérien et doit se rendre dans 3 jours à Khoujir. Comme nous tous. Dans sa main, l’adresse du Baïkaler et sur une feuille de papier l’impression ratée d’un semblant de plan, elle est sans téléphone, sans carte, sans rien. Chill.

Le taxi nous dépose dans une ruelle arrière aux bâtiments donnant sur Lenina. Avec mon aventurière on se regarde, incrédules. Hey dis donc, picolerait pas un peu le tacos ? Il y a un vieux truc écrit sur le mur, mais j’ai beau sonner ça répond pas, ça m’a tout l’air d’être une arnaque. T’es sûre que tu lui as donné la bonne adresse ? Miss Havana ne réagit pas, détaille sa feuille sans piper mot. Bah ça, t’es pas pressée d’avoir ta piaule ! Hey cocotte, il serait peut-être temps que ton esprit redevienne alerte, parce que sans ça tu vas jamais t’en sortir. Là-dessus, mon aventurière se barre. Mauvais signe.

Elle se laisse envahir par le stress. Moi, je suis serein, je procède par étape. L’inquiétude, c’est justement la dernière des étapes, mais avant ça il y a plein de choses qu’on n’a pas encore essayées. « Faut qu’on avance, on s’en fout d’elle, elle est amorphe » tout en rognant les ongles, la peau, les os. Mais dis-moi, c’est qu’on a faim ! Hop, je tire tout le monde dans un hôtel. N’y voyez aucun plan salace. Là mon aventurière se rue sur le groom, ô mon Dieu faites qu’il ne se fasse pas bouffer, et lui assène une palanquée de questions derrière la nuque. Pas le temps de souffrir, c’est chirurgical. Ça taillade sec en langue anglaise, tandis que Miss Cohiba se cherche encore une quelconque utilité. Si tu passes par ici et que tu lis ces lignes, n’oublie jamais qu’on t’a sauvé les miches, parce que, sérieux, t’as pas levé le petit doigt.

Au même moment un type vient me voir, il est italien. « Tutto va bene ? » Pas trop frérot, c’est la galère. Il me dit qu’il nous a entendus parler et que, justement, il vient de la guesthouse qu’on recherche. Je lui donne mon cell, il pose un marqueur sur mon plan et m’explique comment y aller. Merde, mec, j’ai envie de t’embrasser. Tu la vois celle qui découpe des morceaux de groom, c’est mon aventurière, elle est dans un stress pas possible. L’autre, c’est ta future voisine de chanvre. De chambre ? Franchement, je sais pas trop, elle est trop zen pour être honnête. Là-dessus il me dit attends, j’ai des infos. Moi aussi je vais à Khoujir, mais demain, sauf que tu dois absolument réserver plus de 24 heures avant de partir, sinon t’as pas de place. Si tu veux y aller ce soir, à mon avis, trouve une autre solution, mais demande-leur, on ne sait jamais.

Ok les filles, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. J’aurai dû garder la mauvaise pour moi seulement.

Quand on arrive à destination, j’en connais une qu’a ruminée bien des choses pendant le trajet, et la voilà qui saute à la gorge du gars en charge de la réception. Mais c’est une manie, elle est devenue cannibale ou quoi ? Pêle-mêle : y’a des navettes, je veux une navette pour ce soir, j’ai besoin d’une navette, comment fait-on, quoi, y’a pas de navette, trouve-moi une solution, je dois être à Khoujir ce soir, t’entends, trouve-moi une solution. Magistral. Le mec en face n’entend clairement pas se laisser agresser. Il lui dit, tu m’as pris pour qui ? Maintenant, tu dégages, sans même me laisser lui parler pour arrondir les angles, et glaner au moins une petite info. L’échec est total quand mon aventurière termine de sombres incantations pour le maudire sur 8 générations, pénultième menace mise à exécution avant de faire pleuvoir sur lui les plaies d’Égypte.

Des fois, je trouve quand même qu’elle exagère.

Irkoutsk, par une chaude journée de juillet, faut qu’on fasse un débrief, sur quoi la stratégie se met en place. L’heure tourne. Maintenant il faut être efficace, on va tenter notre chance à l’office de tourisme, ils devraient avoir quelques infos. Tu me suis, et si on doit avoir une interaction avec des gens, surtout tu me laisses parler, tu viens quand même d’en bouffer deux, va pas choper d’indigestion. Là, sur les 2km à parcourir en plein cagnard avec nos sacs à dos chargés à bloc, elle ne s’est pas plainte une seule fois. L’autre miracle de la journée, parce qu’une fois arrivés il y a eu ce petit moment magique, celui du soulagement.

Devant le comptoir mon aventurière me regarde et me fait t’y vas ? Non, vas-y, je sais que tu peux le faire, calmement. J’ai peur de rater comme les autres fois. Ne t’inquiète pas, prends ton temps, vas-y tranquillement, tu verras tu seras parfaite. Elle a été parfaite. En un coup de fil, on a eu notre navette.

office de tourisme irkoutsk

Bilan, infos utiles et retour d’expérience.

On a utilisé principalement 3 choses:

  • Nos applications mobiles pour se repérer, MapsMe en tête.
  • Notre Lonely spécial Transsibérien, puisqu’il recèle d’infos pratiques. Là, ça nous a mis sur une piste, puis on a décidé d’en suivre une autre.
  • Et enfin notre insatiable envie d’aventures, puisqu’on ne peut pas s’empêcher de faire les choses un peu à l’arrache et de laisser beaucoup de place à la chance.

De manière plus pragmatique.

Si vous réservez une guesthouse à Irkoutsk, demandez quelles sont les modalités d’obtention d’un billet vers l’île d’Olkhon. Si ça se trouve, comme c’est le cas avec Viva Hostel, ils gèrent directement ce type de service.On comprend mieux pourquoi les réservations doivent se faire 24 à 48 heures minimum avant le départ vers l’île. Mais avec un peu de pot, il restera peut-être une place de dernière minute.

Si vous n’êtes pas client de la guesthouse en question ça n’est pas grave, sachez simplement que vous ne serez pas prioritaire si vous en contactez une un peu au pif. On ne vous conseille pas l’hôtel précité, parce qu’on s’est fait jeter comme des malpropres, et même si mon aventurière s’est montrée plutôt maladroite, ça ne méritait pas un tel traitement.

Dans tous les cas, vous pouvez toujours vous rendre directement à Information and Tourism Service, l’office de tourisme quoi.

Adresse : Ulitsa Dekabr’skikh Sobytiy, 77А, Irkutsk, Irkutsk Oblast, Russie, 664007.

Téléphone : +7 395 220-50-18

Là, le personnel hyper sympa se démènera pour vous dans un parfait anglais, et dans un cadre très agréable. Aux alentours, vous pourrez apprécier de ravissantes maisons de bois notamment. Wifi disponible, petit coin où boire un thé, quelques souvenirs estampillés Sibérie qu’on peut acheter, et ils sont même tellement cool que vous pouvez leur confier vos bagages. Leur aide a été pour nous une véritable délivrance. Vous y trouverez également des guides et des brochures dans la plupart des langues, des plans du centre-ville, et tout ce dont vous avez besoin pour savoir ce qu’il y a à faire (excursions, visites etc…).

Attention toutefois, avec du recul je pense vraiment qu’on a été chanceux. Se pointer à Irkoutsk le matin sans savoir comment se rendre sur une île à 4h30 de route où une résa nous attend le soir même, ça n’était pas très prudent. On avait la journée pour y parvenir mais quand même. J’avais vu la vidéo d’un gars qui s’était retrouvé à faire du covoiturage parce qu’il n’y avait plus de car (l’application blablacar.ru fonctionne). Inconsciemment ça a dû jouer sur mon état d’esprit, savoir qu’il y aurait toujours une solution. Malgré tout je n’ai pas eu l’impression qu’il y avait tant de navettes que ça par jour. On aurait clairement pu se faire carotte, sans aucun plan B.

Crédit photos: (1) Artem Svetlov; (3) Viva Hostel; (4) Tourist Information office Irkutsk. On n’a pas pris le temps de shooter, ce n’était pas l’ambiance du moment…

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