New York : un marathon qui fait rêver et terriblement souffrir

Marathonienne déguisée

 

S’il y a un marathon à courir dans sa vie, c’est bien celui de New York puisqu’il est la référence et le Graal pour tout candidat aux 42.195 km les plus célèbres de la planète. Tout est parti d’un « cap ou pas cap » au cours d’un repas entre potes, il y a quelques années. Les messieurs ne se dégonflent pas et rendez-vous est pris pour l’année suivante. Un an pour s’entraîner quand on part de zéro ou presque, il n’y a rien de trop. Cochon qui s’en dédit, il n’y a plus qu’à.

Ça n’arrive pas qu’aux autres.

Pas de valises à notre arrivée à l’aéroport de New York et c’est la tuile. Heureusement, l’équipement de course est dans le sac à dos, c’est donc un moindre mal. C’est un peu fastidieux pour trouver le guichet ad hoc et obtenir une indemnisation pour faire quelques achats indispensables en attendant nos bagages. En pleine nuit, il n’y a pas foule pour nous renseigner, mais on finit par y arriver.

En remontant l’avenue nous menant à notre hôtel, nous balançons des papiers dans une poubelle et un peu plus tard : « Au fait, où est le coupon qu’on nous a donné ? » « Oh non! » Si, si, vous voyez venir l’affaire, il n’y a aucun doute. C’est un grand moment de solitude : faire la poubelle à 2 heures du mat’, c’est à n’y pas croire. On le fait bel et bien et le repêchons presque comme neuf au milieu des détritus. Heureusement, la ville qui ne dort jamais porte bien son nom ; il n’y a pas de problème pour faire ses emplettes la nuit. Quant aux valises, elles arriveront quatre jours plus tard, … après la course !

Ce n’est pas le tout, il faut se préparer, mais pour quoi faire ?

On chausse les baskets.

La veille du jour J, les marathoniens de toutes nationalités se mettent au diapason de leurs accompagnants pour un footing dans la ville. Il s’agit de courir sur une distance de 5/6 kilomètres pour finir à Central Park et passer sous l’arche officielle du marathon. Sylvie accompagne Bernard, c’est bien le moins qu’elle puisse faire ; ce n’est pas sa tasse de thé, mais elle se plie volontiers à l’exercice.

Il n’y a rien à gagner, c’est juste un échauffement collectif pour les compétiteurs et l’occasion de profiter de l’ambiance pré-marathon. C’est déjà la fête avec de la musique improvisée à chaque coin de rue ; l’ambiance est décontractée et chaleureuse et il suffit de se laisser porter. Les policiers acceptent volontiers la traditionnelle photo en leur compagnie ; tout sourire, ils n’attendent que ça. C’est cool et sympathique ; une poignée de main, un grand sourire et l’on repart. La foule, fidèle au rendez-vous nous encourage et nous applaudit ; aujourd’hui, nous sommes tous des stars et c’est vraiment quelque chose d’être là : on se sent pousser des ailes en nous prenant au jeu pour ce préambule de l’épreuve officielle.

Le soir se déroule la traditionnelle pasta party. De grandes marmites de pâtes nous attendent avec différentes sauces de toutes les couleurs : des pâtes et rien que des pâtes. On nous en donne même quelques paquets lorsque nous quittons la soirée et nous les laissons à une personne qui fait la manche ; elle nous regarde avec des yeux interrogatifs, comme si nous étions tombés sur la tête avec l’air de dire « Z’êtes pas un peu malades, j’en fais quoi de vos paquets de pâtes puisque j’ai rien pour les cuire ! » Oups !

Le jour J.

Chaussure de sport

Avec un lever à 5 heures du mat’ et une nuit moyennement bonne, Bernard a la tête dans le seau. Il enfile la panoplie du parfait marathonien au radar et fixe l’appareil mesurant son temps sur une chaussure. Après un petit déjeuner énergétique et les derniers encouragements, les compétiteurs montent dans les bus pour rejoindre les starting-blocks où ils vont attendre que le top leur soit donné pour avaler les 42 km et des chouquettes qui les font rêver. Les départs sont échelonnés en fonction des temps prévisionnels de course transmis lors de l’inscription ; Bernard n’est pas en pôle position, vous vous en doutez bien, mais dans le groupe des finishers en 4 H 30. Va-t-il faire mieux ou pas ? That is the question.

Cette compétition internationale attire un monde phénoménal et il y a foule partout. C’est ahurissant. Sylvie décide de trouver une place à mi-parcours, près de Queensborro Bridge où l’on a une bonne vue d’ensemble avec les coureurs qui remontent la grande avenue après une large boucle en descendant du pont.

Le marathon vu par Madame.

marathoniens

« C’est une véritable marée humaine qui déferle sous les vivats de la foule agglutinée sur plusieurs rangs en masse compacte derrière les palissades de sécurité. Aïe, j’ai tout de suite un problème, car je ne vois malheureusement pas grand-chose et suis terriblement frustrée. J’essaie de me faufiler pour être au plus près de la course, mais sans succès ; il me faut rapidement trouver une solution, sinon, c’est cuit. Je repère alors un énorme camion de pompiers garé près des barrières et cela me donne une idée. Et pourquoi pas ? Le culot paie et mon french sourire éblouissant compense mon anglais défaillant et j’obtiens un « Yes » qui me donne le sésame convoité : je peux monter sur leur engin. C’est super, je surplombe la foule et j’ai une vue imprenable sur les coureurs en étant aux premières loges.

Ce n’est pas pour autant que j’aperçois ma moitié dans cette multitude de concurrents presque au coude à coude. C’est carrément mission impossible, sauf à avoir un coup de chance phénoménal que je n’aurai pas. Il est pourtant là quelque part et je l’imagine concentré sur l’effort à fournir et sa volonté d’aller au bout ; je sais qu’il se bat comme un lion et qu’il ne lâche rien. Imaginez, ils sont plus de 30 000 candidats à la performance et au défi sur le bitume ; c’est incroyable. A les voir, on dirait un long ruban ininterrompu et coloré qui frémit sous la foulée des sportifs.

Marathonien déguisé

C’est un spectacle la fois drôle et fascinant, sans cesse renouvelé. Certains mettent une touche personnelle à leur tenue en faisant référence à leur nationalité ou tout simplement pour s’amuser et faire le show, c’est réussi. Un Français court avec un béret sur la tête et une baguette de pain dans une main, il ne manque que le saucisson, un autre en Spiderman en slip ou encore en statue de la liberté pour une Américaine. J’en vois même un déguisé en rhinocéros ; sa tenue doit peser une tonne et il doit mourir de chaud là-dessous, pas sûr qu’il soit à l’arrivée celui-là. D’autres affichent leur prénom sur leur maillot que la foule encourage « Pete ou Alex, go, go » Je ne fais pas exception et à la fin de la journée je n’ai plus qu’un filet de voix.

Coureurs

marathon de new york

Je reste un bon moment près du pont et me dirige ensuite vers central Park où j’espère avoir la chance de voir mon cher et tendre passer la ligne d’arrivée ; je croise les doigts et j’y crois. L’ambiance est complètement hallucinante et délirante à l’approche de la fin de course. Les premiers sont déjà là et les autres marathoniens arrivent échelonnés après déjà 4 heures d’efforts constants, ils vont jusqu’au bout du bout de leurs limites, d’autres franchiront encore la ligne bien après. J’ai mal pour certains tant ils ont les traits marqués, tant ils luttent pour franchir les derniers 300 mètres.

J’ai une terrible envie de sauter la barrière pour aller les soutenir. Ils sont rouge écarlate ou pâles comme des cachets d’aspirine et lancent leurs dernières forces pour arriver et valider leur temps. Des femmes, des hommes, des jeunes ou des moins jeunes, tous sont fatigués, certains  sont même exténués et prêts à s’écrouler à chaque instant ; c’est un combat acharné qu’ils livrent contre eux-mêmes pour finir ce marathon : le marathon de leur vie. On se prend une belle leçon de courage et de pugnacité qui force le respect. D’autres sportifs poussent des personnes handicapées en fauteuil roulant et forment des tandems très émouvants. Chapeau bas, Mesdames, Messieurs, vous méritez bien les encouragements du public ; cette épreuve, ce n’est franchement pas du gâteau et vous vous donnez à fond. Mon vœu ne se réalise malheureusement pas, je rate l’arrivée de Bernard et le retrouve peu après avec Michel, tous les deux rayonnants avec leur médaille autour du cou. Il l’a fait, il a terminé, il est ravi et moi aussi. « Félicitations Chéri, tu as réussi, je le savais !« 

Le marathon vécu par Monsieur.

« C’est une ambiance extraordinaire et traverser le pont de Brooklyn, c’est juste magique. On n’a pas le temps d’admirer le paysage ; on est là, on gère l’effort pour s’économiser, car courir un marathon ce n’est pas simple, d’autant que ma préparation est loin d’être parfaite. En effet, un problème d’aponévrose à un mollet (décollement de la membrane qui entoure le muscle) m’a contraint à stopper tout entraînement deux mois avant la course. Je ne suis pas vraiment prêt et je vais dans l’inconnu : pourrais-je tenir ?

Je me sens bien sur la première moitié du parcours que j’avale en moins de deux heures ; je suis en dessous de mon temps prévisionnel et pour l’instant ça va fort. Pour les 10 km suivants, la fatigue se fait peu à peu sentir et commence à peser. On m’avait parlé du « mur du trentième kilomètre » et je me le prends en pleine figure. Les muscles se raidissent, le mental tient, mais le corps proteste de plus en plus et regimbe à fournir des efforts supplémentaires. Je ne suis pas au bout de mes peines et il faut tenir ; le temps de course importe peu, mon objectif est d’arriver à terminer ce marathon, le seul et sans doute l’unique que je ferai dans ma vie.

Encore un virage, encore un kilomètre et encore un autre ; un arrêt au ravitaillement pour me donner un coup de fouet et je repars. Il faut se bousculer, repousser ses limites, se mettre la pression et remplir le contrat coûte que coûte. La foule est fantastique, elle encourage et applaudit « Bernard » « Go, go, Bernard ». J’ai l’impression que tout New York me connaît et m’encourage en scandant mon prénom, je suis la vedette et ça requinque.

Les cinq derniers kilomètres, je les finis « à quatre pattes » pour franchir la ligne d’arrivée à la ramasse tant j’ai des crampes dans les mollets et les jambes. Juste avant de passer sous l’arche, une petite pancarte nous invite à lever les bras et à passer la ligne en vainqueur. Là, on retrouve d’un seul coup toutes ses forces, juste pour le finish en beauté. C’est fini, j’ai réussi ce pari un peu dingue de faire cette course et j’en suis fier ; je suis sec, complètement raide, mais heureux. C’est une belle expérience et une incroyable aventure : courir le mythique marathon de New York, c’est juste fabuleux et l’on oublie assez vite que l’on vient d’en ch…, de sacrément en baver.

Médaille marathon NYC

Allez, je sens la question venir :  « Alors, quel est ton temps ? » J’ai mis très précisément 4H 26.30 et je termine 20 276 sur les 37 869 sportifs arrivés et on m’a même donné une belle médaille pour marquer la performance. Mon ami Michel arrive quelques minutes après moi et nous finissons dans un mouchoir de poche sans jamais nous être vus. Je suis satisfait, même si cela est loin de mes espérances ; j’aurais sans doute amélioré mon temps avec une meilleure préparation, mais l’objectif est rempli. Je suis parti un peu la fleur au fusil en ne sachant pas si je pourrais terminer ; je l’ai fait et c’est bien l’essentiel.

Et vous savez quoi ? Tous les ongles de mes doigts de pied sont tous devenus bleus (sauf les deux petits) et sont tombés les uns après les autres quelque temps après, car mes chaussures auraient dû avoir une taille de plus pour éviter de buter au bout en courant ; c’est une grossière erreur de débutant à ne pas reproduire. A bon entendeur, Bye, Bye ! »

Jambes coureurs

Que ce soit comme compétiteur ou spectateur, le marathon de New York est un événement fabuleux qu’il faut vivre ou voir, au moins une fois. Toute la ville est parfaitement organisée autour de cette compétition internationale qui accueille des milliers de personnes dans une ambiance chaleureuse et amicale. Nous sommes vraiment ravis d’avoir participé à cette manifestation sportive grandiose et sommes revenus avec des souvenirs inoubliables plein la tête.

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