Chercher la petite bête dans le parc de Khao Sok.

Khao Sok lézard

Rien de prévu pour ce soir ? Alors, c’est dit, on y va. Voilà quelque chose que nous n’avons pas encore fait, c’est donc l’occasion de partir dès la nuit tombée pour une nouvelle aventure dans la jungle du parc de Khao Sok pour ce qu’on appelle ici un safari de nuit. Cette fois, nous ne partons pas pour découvrir les grosses bêtes comme en Afrique du Sud, ni à la chasse au dahut, mais plutôt à la recherche des petites bêtes qui risquent de nous faire cauchemarder pendant plusieurs jours. Nous retrouvons donc nos deux jeunes guides dont l’un est en formation, pour une excursion au milieu des ténèbres, équipés seulement de lampes frontales. Pour nos accompagnateurs, nous sommes « Papa & Maman », trop drôle de les entendre nous appeler de cette façon, mais ce n’est pas la première fois que nos cheveux blancs suscitent cette appellation en Thaïlande, car il s’agit ici d’une marque de respect. En tout cas, cela ne nous rajeunit pas !

L’équipement de base pour cette escapade est assez simple, il suffit d’un pantalon, d’un tee-shirt à manches longues et d’une paire de bonnes chaussures ; surtout ne pas oublier de s’asperger de répulsif à moustiques, autant sur la peau que sur les vêtements ; c’est une bonne précaution à prendre si l’on ne veut pas se faire boulotter par les margoulins qui sont légion dans le secteur. Normalement, l’eau est prévue par le prestataire, mais pour nous, il y a eu comme un loupé. Alors au cas où, une bouteille d’eau dans le sac à dos, ce n’est pas de trop. Passé le contrôle du parc, nous entrons dans un monde où la discrétion est impérative et notre regard ne voit plus rien au-delà de la portée de notre lampe. Tous nos sens sont en alerte, mais nous ne reconnaissons pas grand-chose de ce qui nous environne alors que nous avons, en partie, parcouru ce même chemin le matin ; c’est une sensation déconcertante et c’est un peu déboussolant. Nous regardons ou plutôt essayons de voir où nous posons les pieds, nous buttons parfois sur des pierres ou glissons dans la boue, quand ce ne sont pas les racines d’arbres qui jouent aux chausse-trappes et l’on se récupère parfois de peu pour éviter la chute.

Khao Sok insecte

Khao Sok insecte

La jungle n’est pas silencieuse, il y a les bruissements des bambous et des feuilles, presque des murmures et la rivière n’étant pas loin, les grenouilles s’en donnent à cœur joie pour un concert de coassements frénétiques. Notre guide connait bien son environnement et ses yeux de lynx débusquent les araignées, les mille-pattes ou autres, bien camouflés dans leurs trous, là où nous ne voyons rien. Pour nous montrer ces charmantes bestioles, il utilise une lampe à vision nocturne d’une couleur bleutée et nous indique les scorpions, parfois accrochés aux branches au-dessus de notre tête ; nous frissonnons à l’idée qu’ils puissent tout simplement nous tomber sur les épaules ou dans le cou ; nous ne sommes qu’à moitié rassurés en nous faisant déjà tout un cinéma.

Nous nous prenons vite au jeu et scrutons nous aussi les feuillages et les anfractuosités pour repérer les insectes qui fourmillent autour de nous. C’est très facile de trouver les araignées et les mille-pattes, il y a en de toutes les tailles et de toutes les couleurs et même de très jolis spécimens, notamment les mille-pattes rouges très originaux. Quant aux araignées, notre guide nous en montre une E-NOR-ME, en nous faisant un geste sans équivoque en passant son doigt autour du cou en nous disant « couic ! you are dead » ; il y a de quoi plomber l’ambiance. Bon, laissons-la tranquille celle-là, pas question de la titiller comme une de ses copines avec une tête de mort sur le dos, en embuscade complètement immobile ; elle se jette avec vivacité et agressivité sur sa toile lorsque le guide la bouge légèrement, comme si un insecte venait de se prendre dedans ; une vraie furie visiblement affamée. C’est sûr, si nous ne le sommes pas encore, après cette soirée nous risquons de devenir complètement arachnophobes avec tous ces spécimens velus, plein de pattes qui grouillent, à deux pas de nous.

Khao Sok insecte

Khao Sok oiseau

Khao Sok insecte

Et puis, nous découvrons ceux qui sont tranquillement en train de roupiller, comme un gros singe tout noir à plusieurs mètres de hauteur au milieu des branches, un petit oiseau qui ouvre un œil lorsque l’appareil crache sa lumière, de jolis papillons de couleurs différentes, de gros phasmes et une multitude de lézards dont l’omniprésent gecko. On voit même des bestioles que nous ne connaissons pas comme des chenilles éléphant ou d’autres vraiment bizarres dont nous ne mémorisons même pas le nom compliqué ; il y a toute une faune d’êtres vivants bien camouflés, qui ne font aucun bruit, complètement endormis dans les bras de Morphée.

Notre apprenti guide est très marrant. Ce qui l’intéresse, c’est d’avoir la traduction du nom de l’animal en français. Aussi, à la lueur de sa lampe, il écrit consciencieusement sur son cahier ;  spider = a-ré-gné ou butterfly = pa-pi-yon ; écrire en phonétique lui permet d’apprendre quelques mots de notre langue ; c’est un élève attentif. Lui aussi cherche les insectes, écarte les branches pour nous faciliter la marche et nous frappe légèrement sur l’épaule « Look maman ou look papa » ; il est adorable. Le circuit étant quasiment identique pour tous, nous rencontrons plusieurs autres personnes, en groupe plus important. Bien que tous les guides se connaissent, ils ne dévoilent pas leurs découvertes à leurs collègues ; c’est du chacun pour soi, sauf pour le singe, puisque tous savent bien où celui-ci dort habituellement, fidèle au rendez-vous des noctambules curieux.

Nous sommes vraiment enchantés par cette escapade décidée au pied levé, qui nous offre une vision différente de la forêt et de ses hôtes. Au cours de ces deux heures passées dans le parc, loin des repères habituels, nous découvrons un monde incroyable de petites bêtes et nous ne verrons plus jamais du même œil les randonnées dans la jungle avec toutes ces bestioles qui nous entourent et que nous ne soupçonnons pas aussi près de nous.

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2 Commentaires

  1. Avatar

    Blue

    25 juin 2020 at 18 h 30 min

    Étonnant oui et très surprenant de découvrir ces insectes présents en silencieux dans cette jungle. Pas rassurant du tout d’aller se balader par une belle nuit!!!!!!

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