De mémorables galères à moto.

Pérou

 

Partis pour trois semaines de moto au Pérou, nous rencontrons bien évidemment tous types de conditions météorologiques durant notre séjour, allant de la canicule dans les nombreux déserts traversés en passant par la pluie et des températures négatives à vous geler les os ; nous affrontons parfois des conditions extrêmes que personne n’attendait, et c’est sans compter diverses pannes mécaniques. Ces péripéties riches en émotions émaillent notre périple et le rendent inoubliable.

Nous entamons les premiers une petite série de pannes et ce sera la seule pour nous, mais d’autres auront moins de chance avec des crevaisons, des soucis d’allumage avec les motos qui flanchent sans prévenir et c’est tout aussi merdique.

Y’a comme un problème.

route

On vous pose le décor : nous sommes sur la panaméricaine, trois jours après le début de notre périple : le ciel est bleu, il fait beau et il fait chaud ; on est les rois du pétrole avec des conditions idéales pour la balade et on en profite. Après avoir doublé un camion, nous entamons un virage montant à droite lorsque nous entendons un grand « clac » très sec ; Sylvie sent quelque chose taper violemment sur sa chaussure gauche. Aïe ! La moto perd de la vitesse et ne répond plus : c’est pas bon signe tout ça !

panne moto

Le camion nous rattrape et nous avons juste le temps de nous garer au bord de la route où nous constatons avec surprise que la chaîne a sauté ; elle est complètement emmêlée et pend lamentablement sur le côté. C’est la cata et un grand moment de solitude ; les autres sont partis devant à fond les manettes et ne se rendent compte de rien. « Hé les potes, vous n’auriez pas perdu quelqu’un en route ? Vous regardez dans le rétro des fois ?  » Il faut se rendre à l’évidence ; nous sommes seuls et en galère. Inutile de se prendre la tête, côté mécanique, nous n’y connaissons rien. Nous attendons assis sur la rambarde de sécurité, la moto en rade et nous en carafe que le 4X4 arrive avec José notre mécano pour nous dépanner ; il n’y a rien d’autre à faire. Patience. Alors on admire le paysage, mais il n’y a pas grand-chose à voir autour de nous, ce n’est pas le coin idéal pour tomber en panne, c’est le désert des deux côtés de la chaussée avec des buttes de sable. Les camions klaxonnent amicalement pour nous encourager et on poireaute gentiment. Ah, les voilà enfin !

Le mécano se gratte la tête, l’air de dire Ah oui, c’est pas de bol ; je fais comment ? Passé un petit moment de doute et après avoir sorti ses outils, trituré l’objet du délit défectueux dans tous les sens, serré et démonté différents trucs pour effectuer une réparation de fortune, nous reprenons la route à vitesse modérée, pas vraiment rassurés. Finalement, plus de peur rétroactive que de mal, mais cela aurait pu avoir des conséquences plus graves si la chaîne avait bloqué la roue. Nous nous en sortons bien et le lendemain nous reprenons notre moto avec une chaîne toute neuve, prêts pour de nouvelles « més »aventures.

Et nous ne sommes pas au bout de nos peines, mais nous ne le savons pas encore.

Titicaca

Aube

Après avoir visité les Iles flottantes d’Uros et de Taquilé, le lendemain, la journée commence aux aurores avec un lever à 5 heures du mat’ : le jour se lève à peine, il fait froid (- 5°) et nous sortons très tôt de la ville de Puno pour éviter des manifestations sociales prévues toute la journée. Bref, vous imaginez aisément que nous ne sommes pas au mieux de notre forme à cette heure matinale, après un petit déjeuner à peine chaud. Si nous prenons le temps d’admirer une dernière fois le lac Titicaca en haut de la ville et les les belles couleurs du lever du soleil, notre bonheur relatif (car on se pèle vraiment) est de courte durée.

La descente aux enfers.

fog

Nous passons une zone de néblina (ce sympathique petit mot veut dire brouillard) sur une quinzaine de kilomètres et on trouve le temps très long avec les pieds, les mains et les visières des casques qui gèlent ; le brouillard givrant nous encercle de toute part et le froid mordant nous refroidit jusqu’à la moelle. On y voit que dalle et nous roulons doucement dans cette purée de pois ; c’est franchement pas la joie.

Lors d’un arrêt pour regrouper tout le monde où l’on voit à peine la moto qui nous précède ; chacun expérimente sa méthode pour se réchauffer : Valère met ses pieds sous le pot d’échappement, alors que Jean-Marc préfère y tiédir ses gants ; les autres piétinent sur place ou se donnent de grandes claques sur les côtes ; il n’y a rien dans le coin pour aller boire quelque chose de chaud et c’est la loose la plus complète. Les camions dans le brouillard rasent les motos alignées sur le côté , il y a intérêt à garer ses miches, sous peine d’y laisser des plumes. Sylvie est fière d’elle, c’est la première fois qu’elle roule dans un froid pareil et sans selle chauffante ; un exploit à souligner.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul dans ce genre de situation, au moment de repartir, nous voyons Christian et Francis basculer tout doucement, presqu’à l’arrêt juste devant nous ; pas de bol, le pneu arrière est à plat et nos deux loulous se vautrent, mais se relèvent vite sans mal.

La crevaison.

panne moto

On s’organise. Pour soutenir la moto et réparer, la méthode Mac Gyver s’avère efficace ; un vieux jouet trouvé dans une décharge sauvage fait office de support et de cale pour démonter la roue et changer la chambre à air. Nouveau coup dur, celle-ci est pincée au remontage et devient inutilisable et nous jouons de malchance lorsque la seconde chambre à air subit le même sort. Restons zen ! Heureusement, il y a une station service pas très loin ; il nous faut encore patienter dans la froidure et nous restons presque deux heures au bord de la route presque congelés avec un soleil qui peine à adoucir l’atmosphère en dardant ses timides rayons sur la plaine gelée.

Et quand ce n’est pas le froid, c’est au tour du vent de nous jouer des tours sur la route nous menant vers un restaurant typique de fruits de mer, dans un endroit complètement perdu au bord de l’océan Pacifique. Encore un délicieux moment.

Contre le vent.

motards

Nous traversons le désert avec de grandes étendues de sable qui s’étendent à perte de vue à droite et à gauche de la route. On aurait pu profiter simplement de la balade pour admirer ces décors, mais le vent se met de la partie et perturbe le paysage sur une dizaine de kilomètres. Les pilotes sont mis à rude épreuve avec leurs motos instables ; de puissantes rafales les poussent de travers et elles avancent en crabe ; difficile de maintenir le cap dans ces conditions d’autant que cela n’est pas confortable du tout et qu’il faut cramponner le guidon. La visibilité est fortement réduite ; le sable s’invite partout et rien n’est épargné. Il entre dans les moindres interstices laissés libres sous les visières de casques, dans le cou et les bas de pantalon en piquant la peau comme mille petites aiguilles bien affûtées ; c’est une vraie plaie. Le temps nous dure de rouler dans de telles conditions peu propices à la découverte des paysages alentour et l’on fait avec. Pour autant, nous ne regrettons pas cette étape, car le pittoresque village de pêcheurs et la cuisine excellente que l’on nous sert, remet les troupes d’attaque pour le reste de la journée. Et quand on a le ventre plein, tout va beaucoup mieux. Pas vrai ?

paysage sous la pluie

paysage pérou

La pluie et même la neige sont aussi de la partie dans ce périple, mais sur de courtes périodes. Globalement, les conditions météo sur l’ensemble du circuit sont assez favorables, même si certaines sont éprouvantes ; pour autant, elles ne sont pas insurmontables et mettent du piment à l’aventure. Prêts à suivre nos traces ?

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