En galère pour un ticket de métro.

métro pékin

À peine oubliée notre déconvenue d’Erenhot, voilà qu’on débarque au petit matin à la Beijing Railway Station. Depuis Moscou, nous avons parcouru 7.826 km en train dans lequel nous avons passé plus de 5 jours et demi (en cumulé). Un voyage que j’avais rêvé, et qui devait se finir en fanfare. J’ai donc dégainé ma mini-bouteille de Khaara (vodka mongole XAPAA), achetée spécialement pour l’occasion, pour trinquer avec le quidam d’un autre wagon, embrasser nos deux balecs et leur avouer qu’ils m’auront quand même fait de beaux souvenirs… mais tout le monde se barre, ils ont à peine mis le pied sur le quai que déjà Pékin les engloutit, les broie, et ne les recrachera pas.

« Merde alors ! Personne pour trinquer ? » Je regarde de biais mon aventurière qui vient de péter la sangle de son sac. « Sont passés où tous les fêtards ? » – « Je sais pas, mais mon sac est pété. Tu m’aides ? Tiens, porte-le. »

Le début des galères

Ma vodka remballée, c’est pourtant là que j’aurais dû me prendre une bonne rasade : deux sacs pleins sur le dos, il ne valait mieux pas trembler. C’est donc à demi rampant que j’atteins le parvis de la gare, faisant mine de gérer avec pourtant le souffle court, j’économise la moindre syllabe. De toute façon même dans ma tête les mots sonnent essoufflés. « Métro, ticket ? » Allez, on prend la file des guichets 25 minutes pour s’entendre dire qu’avec la CB c’est mort. Faut de la maille, du fric réel. « Change ? » Et voilà mon aventurière qui part arpenter les environs à la recherche d’une banque, d’un ATM ou d’un bureau de change.

Il pleut, je garde une montagne de sacs au milieu de rien quand deux ados viennent m’abriter avec leur parapluie. Je n’imaginais pas meilleur premier souvenir de Pékin. On essaye de discuter, on n’y arrive pas très bien, alors on reste là à se faire des grands sourires.

Mon aventurière revient, elle a fait chou blanc.

ticket de métro pékin

La poursuite des galères

Elle pose un premier bilan en forme d’échec. Bon, j’ai rien trouvé qu’elle me dit. Ok, donc ne trouvant rien tu t’es laissée envahir par le stress que je réponds, et t’as tourné en rond ? « Peut-être. J’y retourne. » Elle revient, pas mieux.

Pas de change dans la gare, pas d’ATM non plus (j’ai eu du mal à y croire et pourtant: l’argent en Chine, c’est toute une histoire). Une banque de l’autre côté de la voie rapide où ses cartes ne passent pas. Pas de guichet, nous sommes dimanche.

On s’arrache. Je porte beaucoup trop de choses. Une nouvelle banque : DAB marche pas. Une HSBC, on se dit que ça y est, on est sauvé : DAB fermé. La liste s’allonge et ma vision se trouble derrière une fontaine de bière fraîche. Tenir. Il faut tenir. On a couvert une distance beaucoup trop longue lorsque la clim de la China Construction Bank me parcourt l’échine comme s’il s’était agit d’une lame de couteau. « Hey ho, COP21 les gars qu’est-ce que vous êtes en train de branler ? Fait au moins -8.000 ici! » Et le miracle se produisit. Cherche pas, on retire le max.

Une petite der

Épuisée, mon aventurière me dit, on se prend un taxi. « Ah non ! On doit bonifier notre échec, je le veux ce ticket de métro ! » Et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé devant un distributeur, un guichet automatique, de la station à côté de l’Observatoire antique de Pékin, en n’y comprenant rien, mais rien, que dalle, du chinois. Ah, la bonne blague.

« Bonifier quoi tu disais ? » – « Oui, bon. Tu portes ton sac ou c’est moi qui porte tous nos sacs ? »

On essaye tout. À peu près tout. On tâtonne, on déconne.

Là, on remarque le guichetier qui nous mate, en train de se bidonner avec deux flics qui s’occupaient à glandouiller, ça ricane sec en nous regardant. J’y vais, vexé. « Marche pas ta machine, don’t work. La machina es mierda. » Je suis contre-productif, mais je me sens mieux. Mon aventurière dégaine un bifton. « Could we have a tickets please. » C’est un billet de 100, elle y met la forme. Le gars est dépité, pointe le distributeur en nous expliquant des trucs qu’on ne comprendra que plus tard. Il nous renvoie à nos études. À nouveau devant l’écran je me laisse à de honteuses confidences. « Tu sais, tout à l’heure quand on n’avait pas encore trouvé de banque où retirer…  j’ai… j’ai eu la vision d’une fontaine de bière fraîche… » – « … moi aussi. »

On retourne voir le gars qui cette fois nous prend en pitié. Il nous donne deux tickets (des cartes) en nous tendant le billet qu’on lui avait donné. Pas de monnaie, c’est cadeau, vous nous avez bien fait marrer. On se quitte tous bons amis et on découvre enfin le métro de Pékin. Une autre aventure.

beijing subway

La légende du terminus

Quelque part en Sibérie Occidentale, mon aventurière me dit, avec le plus grand des sérieux : « Tu sais, quand on sera arrivé à Pékin, pour fêter la fin du voyage tous les backpackers du train se retrouvent une dernière fois sur le quai et trinquent à l’aventure qui s’achève, et à celles qui s’annoncent. Il paraît que c’est un super moment, très fort ! » À ces mots mon sang n’a fait qu’un tour, vite, il fallait qu’on achète de quoi. Mais où ? On trouvera. Je lui ai souvent répété : « Hey, faut pas qu’on oublie de prendre une bouteille pour l’arrivée à Pékin ! De la vodka ? Ça devrait être ok de la vodka. Hey, on la prend à U-B pour pas s’encombrer avant de remonter dans le train… Ça va être cool ! Elle est trop bien cette tradition. »

Trop bien oui, mais ça n’existe pas. Personne ne fait ça, et je ne sais pas d’où est sortie cette légende sinon des rêveries mêmes de mon aventurière.

Crédits photo: (1) ragnar.skare; (2) Into China Travel; (3) ProtoplasmaKid.

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2 Commentaires

  1. Laurent

    15 avril 2021 at 11 h 20 min

    Haha, tchin tchin à la vodka alors ! Les joies des premiers pas dans les transports où on n’y comprend rien, et la fierté (un peu mal placée) qui nous envahit quelques jours après une fois qu’on a tout compris 🙂

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    • JP

      15 avril 2021 at 17 h 16 min

      Je dois bien avouer que désormais, le métro de Pékin, c’est maîtrisé! Santé! 😉

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